vendredi 12 juin 2020

Sophonisbe est une princesse Carthaginoise et reine de Numidie, elle est connue pour son éducation et sa beauté légendaire, elle fut fiancée au prince Massinissa fils du roi Gaïa de la Numidie orientale des Massyles.
Mais, en 205 av.j-c, sur ordre de son père, elle fut mariée à Syphax roi de la Numidie de Massaessylie et rival de Massinissa, afin de sceller une alliance entre Carthaginois et Numides.
A la mort du roi Gaïa, Massinissa passant dans le camp de Rome et avec l'aide du général romain Scipion l'africain, il a vaincu Syphax à la bataille des Grandes Plaines.
Massinissa victorieux à la prise de la ville de Cirta "Constantine actuel", retrouva Sophonisbe, la femme dont il est toujours amoureux et l’épousa sur le champ, c'est le seul moyen pour la soustraire aux Romains.
Mais Scipion l’Africain désapprouva cette union, craignant que Massinissa ne se détourne de l’alliance romaine au profit de Carthage, alors qu’elle devait finalement subir le sort des vaincus et être emmenée à Rome pour figurer au triomphe de Scipion.
Massinissa demande à Sophonisbe de l'accompagner auprès de Scipion et d'exercer son charme afin de plaider sa cause. Celle-ci refuse de s'abaisser à aller mendier sa pitié.
Quoi ? j’irais mendier jusqu’au camp des Romains
La pitié de leur chef qui m’aurait en ses mains ?
J’irais déshonorer, par un honteux hommage,
Le trône où j’ai pris place, et le sang de Carthage.
Sophonisbe n'a qu'un recours : le fer ou le poison. Elle ne lui reste qu'à envisager la mort, seule condition pour ne pas se trouver rabaissée face à l'ennemi en perdant sa dignité royale.
Massinissa lui ait fait parvenir une coupe de poison par l’intermédiaire d'un serviteur.
Sur la lâcheté de Massinissa, Sophonisbe dit:
Il est vrai que l’état où j’ai su vous le prendre
N’est pas du tout le même où je vais vous le rendre :
Je vous l’ai pris vaillant, généreux, plein d’honneur,
Et je vous le rends lâche, ingrat, empoisonneur ;
Je l’ai pris magnanime, et vous le rends perfide ;
Je vous le rends sans cœur, et l’ai pris intrépide ;
Je l’ai pris le plus grand des princes africains,
Et le rends, pour tout dire, esclave des Romains.
La belle Sophonisbe meurt et par ce geste hautement symbolique, elle prive les Romains de l’extrême plaisir de la voir enchaînée et traînée dans les rues de Rome.
Jusqu’à l’ultime seconde, Sophonisbe est restée digne de son peuple qui la tenait en grande estime, et de sa ville, l’éternelle Carthage.
Pierre Corneille dit sur elle:
Le dirai-je, Seigneur ? je la plains et l’admire
Une telle fierté méritait un empire...
Elle a pris le dessus de toutes leurs rigueurs,
Et son dernier soupir fait honte à ses vainqueurs.
Encore une fois, le drame, ici, atteint le sublime et refuse à proprement parler le tragique, puisqu’il est le fait d’êtres libres qui décident toujours de leur destin.
Extraits des livres: Sophonisbe de Pierre Corneille et Sophonisbe d'Erwan Quemener.

mercredi 10 juin 2020

Dieu, l'homme et le monde

Dieu, l'homme et le monde
YOUNESS HARMOUCH·DIMANCHE 7 JUIN 2020·3 MINUTES36 lectures
Comment sortir de cette glaciation idéologique ? Ou comment déjouer cette ruse ou ce mécanisme d’abêtir les peuples ?
Je ne saurais répondre à ces questions, mais j’essaierais de défaire ce nœud dans la mesure du possible. Je commencerais par cette phrase de Racine où il dit par la bouche de Phèdre : mon mal vient de plus loin.
En sociologie, il y a trois principaux concepts à définir pour qu'une civilisation prenne son élan : les concepts de "Dieu, l'homme et le monde". Le devenir d'une société ou d'une communauté dépendra de l’interprétation ou de la définition qu'elle donne à ces trois concepts.
L'imam Chafi3i (767-820) a donné les premières définitions de ces concepts dans son livre El Risala, livre fondateur de la méthodologie juridique islamique. Où Il a défini :
- Dieu comme entité qu'on devrait craindre.
- L'Homme comme pécheur qui consacrera sa vie à se repentir de ses pêchés. Le but de son
existence est de plaire à Dieu, à la fois par le culte et par les bonnes actions.
- l'aspiration à l'au-delà éternel par opposition au monde
éphémère.
Mohamed Abed Al Jabri (1935-2010) le considère comme l'artisan de la pensée musulmane après le prophète.
L'imam Ghazali (1058-1111) confirmera par la suite dans son ouvrage "Revivification des sciences de la religion" la pensée de Chafi3i.
Ibn Taymiya (1263-1328) clora le débat avec son livre "Al Fatawa Al Kubra". Sans oublier le salafiste Ibn Khaldoune qui a rajouté aussi son grain de sel dans "la Mokadima".
Ces grands théoriciens ont fixé et consacré la définition ou plus exactement l’interprétation de ces trois concepts il y a de cela 700 ans et par là même jeter les bases de la tyrannie, en renvoyant la notion de justice dans l'au-delà. Depuis lors rien ne changea.
El Hallaj (858- 922) quant à lui, a redéfini le concept de Dieu, il considérait que Dieu est un tout, ce qu'il appelait "El ittihad" ou l'unicité divine. Pour lui, les formes extérieures de religiosité sont incomparables aux réalités divines.
Ses idées scellèrent son sort. Il fut crucifié, démembré, décapité, brûlé et ses cendres jetées dans le tigre ainsi que ses œuvres.
Ibn Arabi (1165-1240) a imposé le soufisme comme science religieuse musulmane par excellence. Il a parlé de l'unicité de l'existence. Il a été apostasié par beaucoup de sachants (savants musulmans).
Ceux que nous tenions pour bien informés étaient en réalité à l'origine de notre ignorance. De nos jours, un grand nombre connaît El 3arifi ou El Qaradawi, mais n'a jamais entendu parler de Taha Abderrahmane (Âge: 76 ans) ou de Mohamed Arkoun (1928-2010).
Nous sommes soupçonneux envers ceux qui nous aiment et confiants envers ceux qui nous trompent, tel est le penchant naturel d'un peuple ignorant.
L'islam, victime de ses théologiens demeure sous perfusion. Il est devenu liberticide, ce qui a favorisé la bigoterie et l'ostentation. Son bras politique a paralysé son bras spirituel. Tout a été réduit au licite ou à l'illicite. Ceci a eu pour effet une glaciation idéologique de la pensée, dont on ne s'en sortira pas indemne. Nous sommes loin de voir le bout du tunnel. Autant faire l'amour en attendant la mort.
Milan Kundera avait à juste titre dit dans son roman l'insoutenable légèreté de l'être : "Les régimes criminels n'ont pas été façonnés par des criminels, mais par des enthousiastes convaincus d'avoir découvert l'unique voie du paradis. Et ils défendaient vaillamment cette voie, exécutant pour cela beaucoup de monde. Plus tard, il devint clair comme le jour que le paradis n'existait pas et que les enthousiastes étaient des assassins".
Les sentiments que j'avais pour ma société sont usés, j'ai pesé la peine et le plaisir et le plaisir m'a paru léger.

Sophonisbe est une princesse Carthaginoise et reine de Numidie, elle est connue pour son éducation et sa beauté légendaire, elle fut fianc...